Histoires religieuses

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CHASSEY-LE-CAMP                21 décembre 1905

 

HISTOIRE RELIGIEUSE DE LA PAROISSE

DE CHASSEY-LE-CAMP

DEPUIS LE CONCORDAT

 

par Auguste Ramage - Curé de Chassey

 

table des matières:I - La Paroisse

Il - L'église et les lieux consacrés au Culte                     (pages 1 à 3)

 III - Le Clergé et l'Administration de la paroisse               (pages I à II)

 IV - Les fidèles

 V - Le culte et les œuvres paroissiales                           (pages 1 à 3)

 VI - Conclusion

 

I - LA PAROISSE

 

notions générales

 

a) - La paroisse de Chassey est très ancienne si l'on en juge par les inscriptions gravées sur les vieilles tombes (l'une remonte au 5 janvier 1549) et par ce passage de Courtépée (description historique et topographique du duché de Bourgogne T. V): "l'église et le presbytère de Chassey furent ruinés par les Huguenots et les reîtres qui passèrent dans ce lieu en 1567, 1570, 1576. La paroisse étant dépourvue de curé, présenta à l'Evêque, Bernard Quinet de Nantua, pour pasteur en 1576".

 

b) - La superficie de Chassey est de 862 hectares dont la majeure partie est en vignes; une bonne partie aussi en bois ou en friches.

Les limites sont:

 

au Nord                        : Remigny

à l'Est                                      : Bouzeron et Rully

au Sud-Est                               : Aluze

au Sud                         : Chamilly

au Sud-Ouest               : St-Gilles

à l'Ouest                                  : Cheilly-Ies-Maranges

au Nord-Ouest:             :Santenay (Côte d'or).

 

 

 

 

 

c) Chassey est un pays très pittoresque, très accidenté, très montagneux.

L'éloignement des hameaux, et encore plus, la difficulté des chemins à cause des pentes si rudes à gravir tant à l'aller qu'au retour, surtout pour venir des deux villages principaux, Corchanu et Nantoux, rendent l'église d'un accès peu commode et expliquent en partie le peu d'empressement des fidèles à se rendre aux offices.

 

Le célèbre "Camp de Chassey" , position stratégique importante pour les anciens, dont les Romains avaient fait un camp retranché, est à une altitude absolue de 440 mètres, et domine d'environ 220 mètres le fond du vallon dit des Bas-Roches à l'Est et à peu près d'autant la vallée de la Dheune à l'Ouest.

 

Les groupes principaux de population sont, outre le Bourg qui comprend, avec l'Eglise, seulement quelques maisons:

- Corchanu, environ 130 hab. à environ 1700 mètres de l'église,

- Valotte , environ 80 hab.

- Nantoux, environ 60 hab., tous deux à environ 1500 mètres de l'église. Les autres hameaux sont moins importants et plus rapprochés de l'église: La Couhée, La Munière, Bercully, Les Marinots.

 

d) Le patron est St Vincent.

 


 

Il .. L'EGLISE ET LES LIEUX CONSACRES AU CULTE

 

1) - L'EGLISE

 

a ) - D'aucuns font remonter la construction de l'église au XIe siècle. Mais il nous a été impossible de nous documenter à ce sujet. Courtépée dit qu'elle fut brûlée par les Huguenots et les reîtres en 1567. Et nous lisons dans une monographie manuscrite de Chassey par M. Baboux, ancien instituteur, qu'elle fut "reconstruite en 1572 par les Jésuites du Collège d'Autun". (Nous ne savons pas où l'auteur a lui-même puisé ce renseignement).

 

Un manuscrit portant la date du 3 avril 1715 et signé de deux Pères Capucins de Chalon S/Saône qui étaient venus donner une mission à Chassey, mentionne que l'église fut réparée et aqrandie vers ce temps-là par les soins de "Maistre Charles Cousin, prêtre et curé de Ghassey" et de ses paroissiens qui "nonobstant la dureté des temps et la chèreté de toutes choses nécessaires à la vie, se sont volontairement cotisés" (voir livre de la Confrérie du Très Saint Sacrement de l'autel établie en l'église paroissiale de Chassey en l'an mil sept cent trois, conservé à la mairie).

 

Plus récemment, en 1856, sous M. l'Abbé Beaujard, nouvel aqrandissement de l'église et réparations importantes: le vestibule, les deux chapelles latérales datent

de cette époque. Le registre de la Fabrique des années 1856, 1857, 1858, énumèrent les sommes dépensées à cet effet, plusieurs milliers de francs; les paroissiens disent qu'il y fut engloutit jusqu'à 24.000 francs, et leur provenance: dons volontaires, quêtes, souscriptions.

L'église fut-elle ou non aliénée sous la Révolution, nous ne le savons. La chapelle de Nantoux, dont nous parlerons plus loin, le fut (inscription gravée dessus).

 

b) - L'église est sous le vocable de St Vincent.

 

c) - Le style est roman, plus ou moins pur. L'église est trapue, peu élevée. Elle avait primitivement la forme d'un rectangle, elle a maintenant, par suite de la construction des deux chapelles latérales, la forme d'une croix, terminée par une abside ou chevet circulaire. Les murs sont épais et soutenus par de puissants contreforts.

Le grand portail regarde l'Occident; deux vieilles têtes sculptées dans la pierre sont de chaque côté; il est surmonté d'une vulgaire imposte vitrée, rectangulaire, . qui jure avec le style du reste de l'église. Le plafond du vestibule est orné d'une rosace et de nombreuses têtes d'anges en partie détruites.

 

Du vestibule, on descend dans la nef par six marches d'escalier. La nef (il n'yen a qu'une) est éclairée de chaque côté par deux fenêtres en plein cintre et par une meurtrière.

La voûte est soutenue par quatre arceaux en plein cintre, qui descendent, en formant pilastes, jusqu'au pavé de l'église. Une petite porte d'entrée est percée dans le mur du côté sud.

 


 

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La voûte, au-dessus du transept, s'arrondit en forme de dôme.

 

Le clocher consiste en une tour quadrangulaire percée sur chacune de ses faces de trois meurtrières, et qui repose sur l'église entre la nef et le choeur.

 

La voûte qui soutient le clocher est plus basse que celle du choeur et que celle de la nef, en sorte que, de la nef, on ne voit pas la voûte du choeur.

 

Le choeur est éclairé de deux fenêtres. L'une au sud, l'autre, plus grande, à l'est; Le vitrail de celle-ci représente une prédication de St Vincent.

 

La sacristie est très étroite. Il y a tout juste assez de place pour permettre au prêtre de s'habiller.

 

Les deux chapelles latérales sont en mauvais état, surtout celle du côté du nord. Un de nos prédécesseurs avait essayé d'en faire une chapelle de catéchisme; mais il a fallu renoncer à s'en servir, à cause du mauvais état de la toiture.

 

d) - Le maître-autel est en marbre, très beau. Deux autres modestes petits autels en plâtre, de chaque côté du transept supportent, l'un une statue de la Ste Vierge, l'autre une statue de St Joseph.

 

Il y a dans la nef 26 bancs en chêne cirés, en assez bon état; les boiseries du choeur, stalles et bancs autour du maître-autel, lambris recouvrant les murs sont également en chêne, le tout dû à l'activité industrieuse de l'Abbé Beaujard (1856) qui savait trouver les fonds pour parer, orner son église et remettre tout à neuf.

 

La table de communion, la chaire à prêcher sont très ordinaires. Les fonts-­baptismaux sont assez remarquables: ils consistent en une colonne de pierre supportant une cuve circulaire également en pierre, qui porte la date 1604 et est ornée de deux blasons ombragés de feuillages.

L'ornementation sculpturale de l'église consiste principalement en de nombreuses statues ou têtes d'anges et d'archanges, avec des inscriptions rappelant leur rôle ou le respect que les fidèles doivent au Saint lieu.

 

Le chemin de la Croix, dont les tableaux d'un assez joli dessin commencent à être fortement endommagés par l'humidité, a été érigé et béni par M. L'Abbé Paillard le 22 mai 1879 par autorisation épiscopale en date du 6 mai 1879, avec participation à toutes les indulgences accordées par le Saint-Père à ce pieux exercice.

 

De nombreuses pierres tombales, quelques unes très anciennes, ont été relevées et placées dans les murs des chapelles latérales et du vestibule, par les soins de M. L'Abbé Beaujard en 1856. On eut soin de faire graver à neuf leurs inscriptions qui sont maintenant encore très lisibles.

 


 

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Il y a deux cloches qui ont été bénies le même jour, sous l'Abbé Beaujard. L'une de 500 kg qui a coûté 1000 F, l'autre de 165 kg qui a coûté 495 F.

 

Le conseil municipal vota 400 F pour cette dépense; on utilisa aussi la vieille cloche qu'on fit refondre; le reste fut trouvé par souscriptions. (voir Registre de la Fabrique de l'année 1856).

 

La Fabrique possède les objets indispensables au culte: 1 calice et 1 patène, 1 ciboire, 1 ostensoir, des linges sacrés en nombre suffisant, des ornements de toutes les couleurs liturgiques ( la plupart sont en double), 6 grands chandeliers d'un assez bel effet.

 

Une somme de 10 ou 15 F dans chaque budget est affectée au chauffage de l'église.

 

Outre l'église paroissiale, il y a deux chapelles de hameau où l'on va dire la messe une ou deux fois par an et qui sont pourvues du nécessaire: calice, patène, ornements, linge d'autel.

 

2) - LES CHAPELLES

 

La chapelle de Corchanu, bâtie en 1522 par Claude Desplaces son chapelain, sous le vocable de St Claude.

 

La chapelle de Nantoux, sous le vocable de Ste Catherine qui fut vendue en 1789 comme bien national.

 

Toutes deux ont été restaurées sous M. l'abbé Beaujard avec le concours gracieux des habitants de ces villages.

 

Chacun des villages principaux possède sa croix. Autrefois, tous les ans on allait bénir ces croix à tour de rôle pour les Rogations.

 

Deux d'entre elles sont d'un travail remarquable, l'une de pierre, qui est placée devant l'église sur le mur de clôture du cimetière, mutilée en 1789, elle a été relevée en 1856 par l'abbé Beaujard et les paroissiens de Chassey. L'autre, de grès, près de l'école communale, en style flamboyant a, paraît-il, une grande valeur artistique.

 

3) - LE CIMETIERE

 

Le cimetière entoure l'église, a l'air aussi vieux qu'elh3. Il a été agrandi il n'y a pas très longtemps et devra bientôt l'être de nouveau. Il n'est pas très bien entretenu: l'herbe y pousse à foison.

 


 

111- LE CLERGE ET L'ADMINISTRATION DE LA PAROISSE

 

A) Avant la Révolution, les curés de la paroisse, les seuls dont nous ayons pu retrouver les noms, furent:

 

Perrault                        mort en 1694

Charles Cousin             " 1734

Roland                         " 1768

Sourine                        " 1793

 

 

 

Après la révolution:

Madon                       mort en1804

Perrault                        1804-1831

Robert                          1832

Roux                                        1833-1846

Michaud                                   1 846-1 856

Beaujard                       1er avril 1856-1869

Faillard                         1869-1879

Cersot                                      1879-1890

1890-1895 sans curé

Vautey                         1895-1900

Maitre                                      1900-1904

Ramage                                   1 904­-

 

 

 

 

 

 

Un mot sur le curé Beaujard, le plus célèbre de tous, dont le souvenir est encore si vivant dans la population. Grand constructeur ou restaurateur d'églises, de chapelles, de calvaires (nous l'avons vu plus haut), toujours en route par monts et par vaux pour recueillir des fonds, faire des quêtes, organiser des souscriptions, demander des corvées volontaires à ses paroissiens, agent voyer à ses heures et à sa manière (c'est lui qui a fait faire le chemin de Nantoux, qui dessert maintenant à peu près convenablement ce petit village jusqu'alors presque isolé du monde sur son froid plateau) il trouvait encore le temps et IH moyen d'écrire des notices historiques archéologiques sur Chassey et les environs, et surtout de réunir une énorme quantité de linge d'église (d'aucuns disent pour une somme de 30 000 F) qu'il envoyait ourlés, brodés, prêts à servir, en Arménie. Il fut récompensé un beau matin par le titre très authentique d'Avakéretz (archiprêtre honoraire) de l'église arménienne, qui lui arriva de ces pays lointains. Il en porta très fièrement les insignes (un anneau au doigt) jusqu'à sa mort, survenue en 1869. Un soir qu'il revenait de Chagny en longeant le canal, trompé par l'obscurité (il avait la cataracte), il tomba à l'eau et se noya. Les paroissiens lui élevèrent par souscription un beau mausolée en marbre blanc sur lequel on lit :

 

A M. L'Abbé Beaujard

Avakéretz (archiprêtre honoraire)

de l'église arménienne ses amis reconnaissants

 

Pertranséit benefaciendo


 

page Il

 

B) Le presbytère actuel date de 1878. Il a été construit aux frais de la commune. L'état et la Fabrique n'ayant contribués que pour une faible part. Il a coûté environ 18 000 F.

 

Une vigne, d'environ 3 ouvrées, joignant le presbytère a été donnée à la Fabrique par M. l'abbé Roux, ancien curé de Chassey, décédé curé de Mesvres. Ce legs a été accepté par le Conseil de Fabrique dans sa séance du 2 juin 1880 (voir registre). Une quête de vin rouge faite par le curé après les vendanges au moment du tirage des cuves, le dispense d'acheter du vin et dégrève d'autant son budget.

 

C) Le budget de la Fabrique pour l'année 1906 s'élève à 240 F. Le principal revenu provient de la location des bancs et places de bancs qui se payent de moins en moins régulièrement.

 

Le casuel ne produit guère qu'une trentaine de francs pour la Fabrique, les quêtes une quinzaine de francs.

 

Les ressources sont employées principalement à payer le sacristain (60 F), la lingère (40 F), les enfants de choeur (20 F), à entretenir l'église, etc... Une rente de 35 F provenant d'un legs de 1000 F fait à la Fabrique de Chassey par Madame Félicité Ravet femme Ferrière, suivant son testament olographe du 10 avril 1873, est affectée à l'entretien de la lampe du sanctuaire.

 

Les fabriciens, pour l'année 1905, sont:

 

MM.     François Moine                         président

Paul Marot                              trésorier

Auguste Ramage Curé secrétaire

Jacques Duhesme                    Maire

Jean Marot-Descloix

Pierre Marinot-Marinot

Antonin Roserot.

 

 

 

Les registres de catholicité sont tenus régulièrement. Un exemplaire en est envoyé chaque année à l'évéché, l'autre est conservé dans le meuble à trois clefs.

 

Les archives de la Fabrique sont conservées, partie à la Mairie (1780-1804), partie dans le meuble de la Fabrique 1680-1780, puis 1804-1905.

 

Les employés de l'Eglise sont tout simplement:

un sacristain qui sonne les angélus et s'occupe de la sacristie, une lingère qui balaie aussi l'église.

 


 

IV - LES FIDELES

 

a) La population de la paroisse, d'après le dernier recensement, est de 432 habitants. Elle a baissé d'environ 100 habitants depuis le phyloxera (1878) beaucoup de ménages ayant émigré et les familles étant devenues moins nombreuses.

 

b) Tous les habitants sont catholiques. Tous les enfants font leur première communion. Le nombre des fidèles pratiquants est très minime. C'est l'infime minorité qui vont à la messe et qui font leurs Pâques. Il en était tout autrement il y a 15 ou 20 ans. D'où vient ce changement? Les gens l'expliquent eux-mêmes et peut-être avec quelque raison par le fait qu'ils sont restés 5 ans sans curé (1890-­95) et ont ainsi perdu peu à peu l'habitude de venir aux offices.

 

Les enfants de Corchanu, surtout les petites filles, vont en classe à Santenay (Côte d'Or) qui est plus proche et surtout beaucoup plus abordable que Chassey et où ils ont en outre, l'avantage de trouver au lieu d'une seule école communale, mixte, comme à Chassey, une école libre pour garçons, Un(3 école libre pour filles. Ils vont donc au catéchisme et aux offices à Santenay, ils y font leur première communion, il continuent d'y aller, de préférence à Chassey. C'est une coutume contre laquelle, pour les raisons citées plus haut, il ne semble pas avoir lieu de réagir.

 

c) L'esprit des fidèles n'est pas mauvais. Ils ne sont pas hostiles à la religion, mais profondément indifférents.

A part la période des vendanges, où le travail du dimanche est général à Chassey comme ailleurs, le repos dominical est à peu près observé. On ne travaille pas, à moins que l'ouvrage ne "pousse".

Les dimanches ordinaires, à la messe, il y a en moyenne deux hommes et de trente à trente cinq femmes ou jeunes filles, ou enfants, toujours les mêmes. Aux vêpres, une huitaine de personnes (femmes).

A la messe les jours de semaine, jamais personne, sauf le 1 ier vendredi de chaque mois, où il y a une ou deux communions.

Aux grandes fêtes de l'année, Noël, les Rameaux, Pâques, l'Ascension, la Pencecôte, l'Assomption, la Toussaint, surtout la Toussaint, il y a un peu plus de monde à la messe: une vingtaine d'hommes ou jeunes gens, mais nous n'avons jamais vu les bancs de l'église complètement garnis.

La fréquentation des Sacrements se réduit à bien peu de choses: une ou deux communions mensuelles, une huitaine de communions pour l'Assomption, autant pour la Toussaint, une quinzaine pour Noël, une cinquantaine pendant le temps pascal. C'est tout.

Nous ne connaissons qu'une religieuse originaire de Chassey, Soeur Seguin, en religion Soeur Ambroisine, de l'ordre de St Joseph de Lyon, actuellement en résidence à St Aubin, près Niort (Deux-Sèvres). Pas de prêtre. Pas de religieux.

d) Il n'y a pas de culte dissident, ni d'œuvres anti-chrétiennes. Les gens, quoique profondément indifférents, verraient même d'un mauvais œil toute entreprise dirigée contre la religion.

 


 

v ­- LE CULTE ET LES OEUVRES          PAROISSIALES

 

a) Les parents font tous baptiser leurs enfants, mais ils ne se font pas scrupule d'attendre un mois et plus.

Les mariages se font tous à l'église, de préférence le matin et avec messe. Une spécialité comme une autre: il y a en ce moment-ci, dans la petite commune de Chassey, au moins quinze hommes non mariés ayant dépassé quarante ans.

Les Pâques: en 1905, il Y a eu deux hommes et une cinquantaine de femmes ou jeunes filles ou petites filles qui ont fait leurs Pâques. Pas un jeune homme. Pas un garçon des premières communions précédentes.

On fait en général appeler le prêtre auprès des mourants. Le Bon Dieu est porté ostensiblement et salué avec respect par les gens que rencontre le prêtre.

Il y a eu deux enterrements civils. une de ces dernières années. Mais c'est une exception. Les enterrements se font tous à l'églisE). On va chercher les morts à domicile. Les hommes qui assistent à l'enterrement n'entrent guère à l'église. La famille choisit elle-même les sonneurs et les fossoyeurs. On fait une offerte le jour des funérailles, c'est-à-dire que toutes les personnes présentes à l'église viennent baiser le Christ et offrent une petite bougie en cire au célébrant. La même cérémonie se renouvelle un des dimanches suivants, à la messe, ce qui amène un peu plus de monde à l'église, voisins et parents du défunt, et encore au bout de l'an: on fait alors dire une messe anniversaire pour le défunt, en général. Là se borne le culte des morts.

Beaucoup de familles ont des concessions perpétuelles ou trentenaires au cimetière.

 

b) Les paroissiens, encore qu'ils viennent peu nombreux à l'église, tiennent à ce que les offices soient bien chantés et bien exécutés.

On prêche chaque dimanche une vingtaine de minutes.

On fait le catéchisme tous les jours, sauf le jeudi et le dimanche.

Le culte des morts, nous l'avons vu plus haut, se réduit à bien peu de chose. Presque jamais de messes: même les familles riches n'en font pas dire. Nous attribuons cette déplorable négligence au fait signalé plus haut, que les gens n'ont

jamais eu de messe sur semaine pendant 5 ans (1890-1895), étant privés de curé. Ils ont ainsi perdu l'habitude de faire dire des messes pour leurs défunts. Et une telle habitude ne se retrouve pas facilement: nous en voyons la preuve.

Un de nos prédécesseurs nous a avoué n'avoir pas reçu plus de 15 francs d'honoraires de messes de ses paroissiens, une certaine année.

Il n'y a pas de fondation. sauf quatre grand messes a  dire tous les ans pour l'abbé Cersot, ancien curé (à réclamer les honoraires à l'évéché).

Les familles tiennent cependant toutes à faire inscrire leurs défunts au nécrologe et les y gardent assez longtemps.

La quête de la Toussaint produit une quinzaine de francs.

" n'y a pas de chantre à l'église: ce sont des femmes et jeunes filles de bonne volonté qui font ce service toute l'année en exécutant les chants communs et des cantiques.

 


 

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Les processions ne sont pas interdites, mais on considère qu'il n'y a pas lieu de les faire, à cause du trop petit nombre de personnes qui y assisteraient.

 

Les exercices du carême (chemin de la croix le vendredi, prière le mercredi) sont très peu suivis: 8 ou 10 personnes au plus. Il faut dire que c'est le moment de la taille et du piochage de la vigne, travaux importants qui occupent tout le monde.

 

On ne fait pas le mois de Marie à l'église.

 

A Corchanu, quelques personnes se réunissent à la chapelle le soir, l'une d'elles fait la prière et l'on chante un cantique.

 

La première communion est un grand jour pour les familles, mais à un point de vue tout profane. C'est en quelque sorte l'initiation de l'enfant à l'adolescence et surtout c'est l'accomplissement désiré depuis longtemps d'une formalité nécessaire et sans laquelle l'enfant pourrait avoir des désagréments plus tard, des difficultés pour se placer, pour s'établir, etc...

Il arrive même souvent que les parents ne viennent pas seulement aux offices ce jour-là: le père, par respect humain, parce qu'il n'en a pas l'habitude, la mère, parce qu'elle est trop occupée aux soins du ménage. Cette année, pour six enfants qui faisaient leur première communion, nous avions tout juste un père de famille à l'église. Pas un grand frère. Les garçons, une fois lieur première communion faite, ne mettent généralement plus les pieds à l'église.

 

L'adoration perpétuelle, la fête patronale à l'église, passent à peu près inaperçues.

 

Les paroissiens sont contents en général, de recevoir la visite du curé et lui font très bon accueil. Tout ce qu'on peut leur dire, d'ailleurs, à ce moment-là, sur leurs devoirs religieux, reste parfaitement inutile. Le respect humain est plus fort que tout. Pour rien au monde ils n'oseraient changer leurs habitudes sous ce rapport, venir à la messe un dimanche ordinaire, et même, s'ils ont l'habitude d'y aller qu'une fois par an pour la St Vincent, rien ne les y fera aller plus souvent.

 

Nous n'avons pu nous rendre compte encore si les enfants se font tous confirmer.

 

La première mission qui soit consignée dans les registres de la Fabrique eut lieu en 1703 et fut prêchée par les Pères Colbert et Branche de la Compagnie de Jésus, du collège de Dijon. \1 y en eut une deuxièmE! en 1715. La dernière en date a eu lieu en 1890 et fut prêchée par les Oblats d'Autun. Très bien suivie par les paroissiens, elle produisit, parait-il, d'heureux fruits.

 

La Fabrique, actuellement, n'a plus de ressources nécessaires pour s'offrir le luxe d'une mission.

 


 

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c) Il n'y a pas de confréries ni d'associations religieuses quelconques dans la paroisse.

La contribution de la paroisse aux œuvres diocésaines catholiques est très faible. On fait des quêtes prescrites par l'Ordo, mais comml9 il n'y a presque personne aux offices, ces quêtes ne rapportent pas grand chose.

 

d) Pas de communauté religieuse dans la paroisse.

 

e) Pas d'école libre. Il n'y a qu'une école communale mixte, dont on constate l'existence par la succession des maîtres, depuis 1770. Une quarantaine d'enfants, garçons et filles, fréquentent actuellement cette école. Toutes les petites filles et quelques petits garçons de Corchanu vont aux écoles libres à Santenay (Côte d'Or).

 

f) La seule œuvre d'assistance de la paroisse est la Société des viqnerons ou de St Vincent, dont les membres s'engagent réciproquement à faire les travaux des vignes de leurs confrères malades. Fondée en 1666 par Monseigneur de Maupeon, évèque de Chalon, lors d'une visite qu'il fit à Chassey, elle disparut à la Révolution, ses biens lui furent enlevés (extrait d'une notice par le curé Beaujard).

 

_Le curé Beaujard la remit sur pied en 1858. De son origine toute cléricale, cette vieille société n'a guère conservé que l'habitude, depuis un an ou deux, facultative pour ses membres, d'assister à la messe une fois par an, en janvier, un jour de semaine en l'honneur de St Vincent.

 

C'est le seul jour où le curé voit "ses hommes à l'église".

 


 

VI-CONCLUSION

 

D'après tout ce qui précède, la perte de la foi, l'indifférence religieuse à Chassey, (comme presque partout ailleurs) est à peu près complète, aussi complète, aussi profonde que possible en l'an de grâce 1905. Et j'on ne voit pas le moyen d'y remédier. Comment atteindre des gens qui ne viennent jamais ou presque jamais à l'église? Comment leur faire comprendre leurs devoirs?

 

Constatons le fait: il a précédé, non suivi la dénonciation du Concordat. Il a joué le rôle de cause plutôt que d'effet par rapport à ce grand événement historique.

Puisse t'on nous indiquer bientôt le moyen de remédier à un tel état de chose qui est pour le curé, relégué au fond de son presbytère, dans la solitude, l'inaction, devant la stérilité de ses efforts, la pire des persécutions, la plus redoutable des épreuves et des tentations.

 

1/ est trop prouvé par l'expérience que les anciens moyens d'apostolat, de préservation, de conquêtes, les seuls jusqu'à présent, pour ainsi dire, qui aient attiré l'attention des chefs hiérarchiques, obtenu leurs encouragements, leur consécration ou approbation officielle (catéchisme, préparation à la première communion, prédication de chaque dimanche devant des bancs vides, confréries de femmes et de jeunes filles, écoles libre), il est trop prouvé par !'expérience, par l'indifférence religieuse croissante en dépit des écoles libres fondées presque partout, que ces anciens moyens ont été, nous ne disons pas inefficaces mais insuffisants.